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HISTOIRE DE MONTREUIL-SOUS-BOIS

Cette page  "Montreuil village d’hier ville d’aujourd'hui’hui" » est un résumé historique. C'est un raccourci  de vie villageoise, à l’ombre du château royal de Vincennes.  Des liens permettent l'accès aux fichiers mentionnant l'évolution seigneuriale pendant la période de l'ancien régime.

I ) L’aube du village

Localisation, superficie et désignation .

Située dans la banlieue Est de Paris, au sud du département de la Seine-Saint-Denis, Montreuil a pour voisines les communes de Bagnolet, Romainville, Noisy-le-Sec, et Rosny-sous-Bois, puis celles du département voisin du Val-de-Marne avec Fontenay-sous-Bois, Vincennes et Saint-Mandé . Située à environ 2 lieux de Paris Notre-Dame (environ 7 km 500) le terroir de Montreuil couvre actuellement une superficie de 892 ha, soit approximativement 2680 arpents (mesures anciennes) qui en font en superficie la troisième ville du département derrière Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois.

Au fil des siècles, la localité fut désignée sous les formes suivantes:
Mousterolium (1103-1104), Monateriolum juxta Fontanetum (1138) Monasteriolum ad Vicenas (1141-1142) Monsterolium juxta Vicenneas, Mustoriolum juxta Parisius (1172-1173), Monterel (1203), Musteroli (1250), Monstrueil (1360 ) Monstereul soubz le bois (1431). Nombreuses sont les villes ou villages homonymes en France, notamment Montreuil près Versailles (Yvelines), Montreuil (Eure-et-Loir), Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), Montreuil-sur-Thérain et sur Brèche (Oise), Montreuil-aux-Lions (Aisne) sans oublier Montreuil (Pas-de-Calais) port des rois capétiens.

Les premières traces d’occupation et de cultures agricoles remontent au V ème siècle, au nord-ouest du terroir et aux limites avec Bagnolet dans le quartier des "Savard". c'est là que les archéologues ont découverts en 2001 une petite construction et des tessons de céramiques à décors complexes et religieux qui signalent généralement la proximité d'un lieu de culte ancien. Cette découverte inattendue car éloignée du bourg historique et de son église Saint-Pierre-Saint-Paul, remonterait au VIII ème siècle, à l'époque où la paroisse englobait Vincennes (Vilcena attesté en 847), partie de Fontenay-sous-Bois et Bagnolet jusqu’au XIII ème siècle. La première église fut-elle implanté en ce lieu? La question reste posée.
Le terroir montreuillois était partiellement boisé et exploité par une ou plusieurs fermes gallo-romaine.
La
première référence écrite sur Montreuil date du 6 mars 722 lorsque le roi Thierry IV (721-737) fils de Dagobert III confirma la donation de son domaine par le comte Ratmond et Berthe son épouse en faveur de l’abbaye Saint-Maur-des-Fossés. A la même époque, dame Ermentrude fait donation à l’Eglise de biens situé au mont- Buxata qui serait la Boissière, aux limites avec Noisy-le-Sec.

Premiers textes sur le développement urbain

La trame du village est mise en place vers le VIII ème siècle, autour d'une chapelle attesté en 1103 lorsque, l’évêque de Paris Foulque 1er (1102-1105) organisa en ce lieu le premier pèlerinage religieux venu de Paris. Ensuite, vers l'an 930, les premières abbayes de Saint-Germain, de Saint-Maur et de Saint-Victor s’implanteront par donations royales sur les hauteurs boisées surplombant le nord du village.

C’était le début d'une poussé démographique et le village se développa au bas du plateau où convergeaient les eaux pluviales descendantes des hauteurs (Marais de Villiers, la Boissière) ou sources (fontaine des Hanots). Ces eaux seront canalisée en partie par deux rus, le ru pavé à partir de l’église Saint-Pierre Saint-Paul et alimentant le manoir royal de Vincennes et le rue orgueilleux venant des hauteurs de Belleville.

La paroisse sous la protection du bon roi Saint-Louis

La construction de l‘église Saint-Pierre-Saint-Paul à son emplacement actuel remonte à l’année 1180 sous le règne du roi Philippe Auguste comme en témoignent les observations archéologiques récentes car l’instabilité du sol et la présence d’une rivière souterraine sous l’édifice ont provoqué un affaissement général qui nécessite des travaux de restauration entamés depuis les années 2000. A cette occasion, l’histoire complexe de l’église révèle plusieurs campagne de construction s’étalant du XII ème au XVII ème siècles avec des restaurations importantes aux XIX ème et XX ème siècles.

Datation de l’église d'après les travaux actuels

En 1180, cette église dont quelques pierre de fondations ont été retrouvées , formait au sol un carré de 16 mètres si l’on en juge par les fondations des contreforts qui soutenaient les murs latéraux du chœur de quatre travées (en jaune sur le plan à l’échelle ci-dessous).

En 1459, l’église primitive fut considérablement agrandie par l'ajout en 1603 d'une nef destinée à renforcer les agrandissement. puis il fallut renforcer également le clocher primitif. Cette nef s’ouvrait par un portail principal utilisé pour les débats et assemblées publiques des habitants. Enfin les extérieurs furent aménagés et embellis par l'ajout en 1623 d’un cadran solaire placé côté est. Ces travaus durèrent au moins jusqu’en l’an 1631 (en vert sur le plan). 

Dates des réparations sur l'église de Montreuil (93)

 

Ce plan révèle que les murs de l’église primitives furent renforcés (en rouge sur le plan). et qu’une travée supplémentaire avec deux colonnes (n° 8 et 10) fut ajoutée au XIII ème siècle pour soutenir un clocher à flèche détruit par une tempête et aujourd’hui disparu.

 Les dispositions internes de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul

Saint-Pierre-Saint-Paul (93) intérieur

L’intérieur de l’église comprenait plusieurs chapelles, dans la nef à droite celle de la Vierge et à gauche celles de Saint-Vincent patron des vignerons supplanté par Saint-Joseph patron des ouvriers. Puis se suivent celles de Saint-Antoine, Saint-Crépin, Sainte-Geneviève et Saint-Fiacre. Une mention particulière pour la chapelle royale située à droite près de l’autel, réservée au seigneur de Montreuil , supplantée à une date non déterminée par Saint-Nicolas. A gauche, de l’autre côté de l’autel se trouvait St Sébastien et la chapelle du seigneur de Montreau.
L’église Saint-Pierre Saint-Paul , classée Monument historique depuis 1913, fait l’objet d’une campagne de restauration engagée par le Bureau du patrimoine et le Conseil Général de Seine-Saint-Denis.


Détails sur l'intérieur de Saint-Pierre Saint-Paul

 

 


Le temps de Saint-Louis (1226-1270)

Saint-Louis rendant la justice.En ce temps là, Montreuil était prospère car sa nouvelle église Saint-Pierre Saint-Paul attirait les paroissiens venus des environs et les hôtes royaux du manoir de Vincennes qui fréquentèrent assidument les lieux jusqu’en 1380. D’ailleurs, le roi Jean Le Bon (1319-1364) y baptisa son fils le futur Charles V (1364-1380), événement symboliquement gravé marqué par deux dauphins sur la façade de l’église mais détruits en 1835 comme relaté ci-dessus

C’est d’ailleurs grâce à la protection des rois résidants à Vincennes que les habitants de Montreuil avaient pu faire construire cette église qui remplaçait la vétuste chapelle d’antan.

C’était alors la plus grande église des environs et le siège de la décanie locale, régie par un doyen (décanus) qui faisant office d’intermédiaire entre les autorités politiques et religieuses.

Ce poste sera monopolisé par la famille de Montreuil jusqu’en 1260 avec Bernier entre 1170 et 1205, Isembard en 1216 et enfin Guillaume en 1253  . Il servi de tremplin pour les autres membres de la famille, tels le chanoine parisien Adam 1er de Montreuil, puis le chevalier Philippe de Montreuil. Leur généalogies, encore incertaines, sont rassemblées en annexe.

L’église Saint-Pierre Saint-Paul fut fréquentée assidument par le roi Saint-Louis et sa mère Blanche de Castille qui aurait possédé un pied-à-terre face à l’église.

Ci-dessus est représenté un vitrail situé dans l'actuelle de l’église Saint-Pierre Saint-Paul. Il représente le roi Saint-Louis siégeant en plein air, avec en arrière-plan le château de Vincennes.

La prospérité économique d'alors était patente car le village bénéficiait du courant d’échange commercial généré par les Foires de Champagne dont la plus proche était à Lagny. D’ailleurs, le riche marchand italien Gandolfo d’Arcelli, à la fois usurier et banquier occupa une maison à Montreuil jusqu’à sa mort en 1291.En outre, la localité était attractive sur le plan commercial car bénéficiant, d’une part de la vente de ses productions agricoles et vinicoles au manoir royal et du logement des officiers royaux et, d’autre part, à l’attrait des établissements monastiques présents à Montreuil et de leurs productions fermières.


II ) Les différents seigneurs de Montreuil

Les donations de terres ou les fondations de monastères par les rois faisaient partie du développement économique et culturel du pays. Entreprise avec l’Eglise, cette politique avait pour but de limiter le pouvoir de l’oligarchie seigneuriale, permettre à l’aristocratie régionale rattachée au roi et à l’Eglise d’occuper des fonctions contribuant à l’essor de leurs terroirs et à la prospérité d’une population en croissance. Afin d’arriver à ces buts, existaient des structures féodales enchevêtrées, correspondant peu à celles de nos jours, consistant en des châtellenies et seigneuries du roi avec leurs seigneurs et des structures épiscopales de l’Eglise.

1 ) La seigneurie et les fiefs du roi

Le premier seigneur connu – le chevalier Morard de Montreuil (Morardus de Monsteriolo, mile) apparaît en 1076 dans un acte de donation du règne de Philippe 1er (1060-1108) et assumait la défense du village. Puis à partir des environs de l’an 1150, le terroir de Montreuil est sous contrôle de la châtellenie de Livry et de Guillaume III de Garlande. Mais suite au mariage de son petit-fils Guillaume V de Garlande avec Adèle de Châtillon-en-Champagne, ce terroir passe sous le contrôle de la maison de Châtillon-Blois, ce qui est confirmé indirectement par un arrêt du Parlement de Saint-Louis daté de 1258 précisant que la châtellenie de Livry n’avait pas droit de justice seigneuriale sur Montreuil. Enfin leur seigneurie fut reprise par le roi vers 1290 et revint avec celle de Montreuil à Pierre de Chambly ancien chambellan de Saint-Louis. Vers 1295, après le décès de la comtesse Jeanne de Châtillon-Blois dont il était l’homme de confiance, ce dernier divisera sa seigneurie de Montreuil en trois fiefs :

  1. le fief du Châtelet, dont le nom provient apparemment du Châtelet de Paris Son arrière-fief se nommait Lizac, patronyme de l'un des seigneurs en partie.

  2. Le fief de Brie-Comte-Robert, relevant du roi via la châtellenie de Brie-Comte-Robert puis à partir de 1333 de l’évêque de Paris. Il prit  le nom de fief d’Orléans en 1343 et comprenait la majorité des maisons du village.

  3. Le fief de Villemomble relevant de la châtellenie de Villemomble et de la grosse tour du Louvre. Il comprenait le domaine de Boistel qui, après la guerre de Cent-Ans, reviendra à l’abbaye Saint-Antoine.

De ces trois fiefs dépendaient des arrières-fiefs ou domaines tenus par des seigneurs en partie de Montreuil, plus ou moins indépendant de leurs homologues de la seigneurie du roi. Pour ne pas les confondre, ils figurent respectivement dans deux fichiers.

A) Chronologie des seigneurs de plein exercice

B) Chronologie des seigneurs en partie

En 1498, la seigneurie de Montreuil perdit son droit de haute Justice et passa sous le contrôle de la châtellenie de Villemomble tenue par le secrétaire d'Etat Florimond Robertet. C'est à cette époque que fut créé une baronnie de Montreuil relevant de Villemomble.

Au total, les biens du roi représentaient environ 460 arpents, soit les 2/5 ème du terroir, le solde étant à l'Eglise ou à divers propriétaires.
 

2 ) L’Eglise, le plus important propriétaire foncier

Depuis sa prise de possession symbolique de 1103 sous l’épiscopat de Foulque 1er, le chapitre Notre-Dame de Paris exerçait une forte influence à Montreuil renforcée par la présence de l’église royale. Avant même sa construction, l’épiscopat avait mis en place un doyen qui logeait à proximité et faisait office d’intermédiaire entre les autorités politiques et religieuses. Dès 1170, ce poste envié fut monopolisé par Bernier de Montreuil jusqu’aux environs de 1205, puis transmis quasi héréditairement à Isembard en 1216 et enfin Guillaume de Montreuil jusqu’en 1253. Grâce à ses fonctions de clergie cette famille de clerc et de chevaliers fréquentait la cour de Louis VI tout autant que l’évêché parisien.

Priorité donnée aux abbayes royales

Puis l’année 1113 fut marquée par la fondation de l’abbaye Saint-Victor par le roi Louis VI qui lui attribua des biens fonciers à Montreuil. Les héritiers Garlande complétèrent cette fondation par l’abandon de droits seigneuriaux à partir de 1220 au bénéfice de l’abbaye Notre-Dame de Livry fondée par Guillaume leur ancêtre. Enfin, l’abbaye féminine de Saint-Antoine-des-Champs, amorça sa croissance foncière lorsque en 1255, à son retour de croisade avec Saint-Louis dont il était l’homme de confiance, Pierre de Villebéon, parent d’Adam III de Beaumont-Gâtinais, seigneur de Villemomble, abandonna en faveur de l’abbesse ses droits sur le fief du Petit-Montreuil.

A ces trois abbayes placées sous protection royale s’ajoutèrent une pléiade d’organisations ecclésiastiques. Au total, l’ensemble des terres religieuses représentait approximativement 1690 arpents, sur les 2609 arpents constituant la superfice du terroir de Montreuil.

A propos de statistiques: La superficie de Montreuil est de nos jours de 892 hectares ou 8.920.000 mètres carrés. Il n'est pas possible de déterminer la superficie de la paroisse de Montreuil lorsqu'elle englobait à l'origine  les terroirs actuels de Bagnolet, de Vincennes et partie de Fontenay-sous-Bois.
Cependant, on peut avancer l'hypothèse que, par rapport à sa superficie actuelle de 2609 arpents, les terres relevant du roi représentaient 460 arpents  celles de l'église 1689 arpents et 460 arpents à divers petits propriétaires. A noter qu'au XVII ème siècle, le fief de la Pissotte situé au sud de Montreuil, devant le château de Vincennes, deviendra l'embryon de l'actuelle ville de Vincennes  et que Montreuil perdit ainsi quelques 300 arpents.



III) Sur le plan foncier entre les XIV et XVI ème siècle,  le terroir de Montreuil était morcelé en 17 domaines fonciers, à savoir :

-Une seigneurie relevant du roi avec ses trois fiefs du Châtelet, d'Orléans et de Villemomble ainsi que 3 domaines  d'Orgemont, de Boistel et de Lizac.
-l'Eglise et ses diverses structures ou abbayes détenait la majorité du terroir avec la seigneurie et fiefs de l'abbaye Saint-Antoine (Petit-Montreuil, Montreau) et les biens ou censives des abbayes de Saint-Victor, de Notre-Dame de Livry (Tillemont) de Saint-Martin (Le Luat), du Chapitre-Notre-Dame (Decanal, La Pissotte et sa chapelle) et d'autres encore, notamment les Templiers puis leurs successeurs (La Baume).
Le plan en réduction ci-dessous donne un aperçu des propriétés respectives. Par contre le plan à grande échelle est visible sur ce  lien: le terroir de Montreuil


Vignette de Montreuil_plan1

Chronologie des biens religieux

IV) Amorce du déclin du village

Puis les efforts de l’expansion royale vont se tourner vers d’autres régions, notamment vers le sud et l’aristocratie laïque et cléricale va lentement perdre ses prérogatives et s’endetter, telles les familles de Garlande, Chambly et autres. A partir de 1300, la situation économique se dégrade pour l’artisanat local et les revenus agricoles chutent après les famines qui affaibliront la population entre 1305 et 1317.

donjon du château de VincennesCes péripéties vont se répercuter au sein des autorités religieuses pour une histoire de gros sous et de revenus financiers. En effet, sous le bon roi Saint-Louis, le curé de Montreuil bénéficiait des subsides de l’entourage royal, mais le chapelain de la résidence royale entendait bien profiter de la manne. Conflit feutré d’abord entamé en 1294, la situation se détériora et nécessitera l’arbitrage de l’évêque de Paris Simon Matifas de Bucy (1290-1304) A son terme, en 1380, le château de Vincennes et sa Sainte-Chapelle demeuraient dans le giron paroissial de Montreuil, mais le pactole était divisé entre le curé et le chapelain.

Ainsi prit fin ce conflit d’intérêt qui n’empêchera pas les roi de résider à Vincennes et de fréquenter l’église paroissiale de Montreuil et, parfois, d’y faire baptiser leurs enfants tel le roi Charles V et son épouse Jeanne de Bourbon. Du temps de ces derniers souverains, les montreuillois bénéficieront de privilèges divers (tailles, impôts exemption de logement des gens de guerre) en échange de l’approvisionnement en eau du manoir royal qui deviendra forteresse à partir de 1360. Après le règne de Charles VI (1380-1422) et sa femme Isabeau de Bavière qui résida au château de Vincennes, l’âge d’or était définitivement terminé car la cour royale viendra moins souvent à Montreuil. En effet, à partir de Louis XI (1461-1483) le siège du pouvoir se déplacera en d'autres lieux ( les bords de la Loire, Versailles).

Toutefois, le château conservera sa fonction de forteresse royale  doté d'un donjon qui existe encore de nos jours, tel que peint  par l’enlumineur Jean Fouquet pour Etienne Chevalier (1410-1474) dont la postérité fut seigneur de Montreuil pendant cinq générations.


Ci-dessus  le donjon du château de Vincennes en majesté, d’après Jean Fouquet, enlumineur du XVème siècle.


V ) La guerre de Cent-ans au village de Montreuil (1337-1456)

bataille de PoitiersGuerre féodale et dynastique entre les Plantagenêt d’Angleterre et les Valois de France, également premier conflit entre Etat-Nation, la guerre n’eut pas d’influence directe sur la vie locale avant 1356.A cette date, les Anglais qui avaient envahit le royaume battent les troupes royales lors de l’une des premières grandes batailles, celle de Poitiers. Au cours de cet épisode de la guerre marquée par la suprématie des archers anglais, de nombreux seigneurs seront tués.


Un aspect de la bataille de Poitiers

Au cours de ce combat périt Jean de Clermont-Nesle, lieutenant général du roi en Saintonge et seigneur de Montreuil.
Ce sera le premier signe de ce conflit pour les villageois de Montreuil, où il était d’ailleurs venu rarement, sinon jamais.



Jusqu’alors, la guerre franco-anglaise n’avait pas eu d’incidences notables sur l’activité de la population locale qui bénéficiait encore de la fin de l’âge d’or, grâce à l’afflux des métiers du XIV ème siècletravailleurs qui avaient transformé à partir de 1360 le manoir de Vincennes en redoutable forteresse par construction d’un donjon ordonnée par le roi Jean Le Bon (1350-1364).

Pour la plupart, ces ouvriers de tous genres logeaient à proximité de leur lieu de travail, aux hameaux de la Pissotte et de la Basse-cour, embryons de l’actuelle ville de Vincennes.

Quelques métiers de cette époque


La population vaquait donc à ses occupations habituelles mais la situation était plus angoissante pour les seigneurs locaux qui devaient le service militaire au roi et remplaçaient les grandes familles disparues de la noblesse d’avant la guerre, (de Garlande, de Chambly et autres), de Clermont-Nesle) ce qui ne gênait pas la population car ces seigneurs résidaient rarement au village.

Les seigneurs locaux qui les remplaçaient, pour la plupart issus de la bourgeoisie, allaient naviguer entre les deux camps au grès de leurs intérêts, soit pour le roi de France ou celui d’Angleterre. La période de guerre civile entre Armagnacs et Bourguignon (1410-1418) sera cruciale pour le chancelier d’Orléans Guillaume Cousinot puis ses ennemis bourguignons Guillaume Barraut, Nicolas d’Orgemont et l’évêque Louis de Châtillon-Saint-Pol-Luxembourg, lointain descendant du comte Gaucher III de Châtillon mari d’Elisabeth de Saint-Pol.

L’intérêt économique sera le plus fort et la situation se maintint car afin de se rendre populaire et éviter la panique à Paris où s’étaient réfugié des provinciaux chassés par la guerre, le duc de Bedford régent de France au nom du roi d’Angleterre s’efforça de ressusciter les moribondes Foire de Champagne.

Ainsi les productions agricoles diminueront mais il n’y eut pas de famine à Montreuil. Par contre les allées et venues des belligérants autour du château de Vincennes, pris par les uns, repris par les autres, provoqueront des dégâts, notamment dans la zone de la Pissotte à proximité immédiate de la forteresse.

 

VI ) Après la guerre de Cent-Ans

Supplantée pendant la guerre entre Armagnacs et Bourguignons puis l’occupation anglaise, l’ancienne noblesse (de Garlande, De Châtillon, de Chambly, de Clermont-Nesle, de Montbéron-Périgord) disparaîtra complètement au profit de nouvelles lignées de seigneurs proches de la maison d’Orléans et issus de la bourgeoisie d’offices ou parlementaires. La seigneurie de Montreuil changea de main à plusieurs reprises ( Cousinot, Barraut, Etienne Chevalier, Le Viste, de Beaumarchais, Fouquet et Colbert) et ces nouveaux seigneurs résideront épisodiquement dans le manoir seigneurial transformé en château à une date indéterminée. Dans le même temps, l’abbaye de Saint-Victor récupéra l’ancien domaine d’Orgemont en 1445, celle de Saint-Antoine celui de feu Charles Boistel en 1460) et enfin Notre-Dame de Livry aliéna celui de Montreau en 1580.

La renaissance agricole et la multiplication des petits seigneurs

Renaissance agricole

Bien entendu, ces transferts augmentèrent le nombre des seigneurs en partie n’ayant qu’une ou deux propriétés. C’est une période de reprise économique forte, avec développement de la paysannerie et du petit artisanat tels tonnelier, vinaigrier, armurier, charron, forgeron, marchands de peaux et de reconstruction.


La renaissance agricole illustré

 


Ce fut une période de paix et de prospérité pour le village mais la situation s'assombrit avec le développement du protestantisme et la répression qui s'en suivit sous les règnes de ses successeur, de Charles IV (1560-1574), Henri III (1574-1589) et la guerre qui précéda le règne du roi Henri IV (1589-1610).

Plus tard, en 1677, le hameau de la Pissotte, situé devant le château de Vincennes sera détaché de la paroisse de Montreuil et deviendra paroisse puis ville de plein exercice. C'était la naissance de la localité puis commune de Vincenens, dans le Val- de-Marne. Ainsi Montreuil perdit environ 1/8ème de son terroir .

Une nouvelle administration royale

Sur le plan administratif régional et depuis les années 1580, Montreuil relevait de la Vicomté de Paris dont le premier gouverneur de Paris Antoine de Chabannes comte de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) avait pris en main les seigneuries de Livry-en-L’Aunoye et de Villemomble et partie sur Montreuil. D’autre part, la localité n’avait pas échappée aux affres des guerres de religion car plusieurs familles fréquentaient les temples protestants de Charenton et de Noisy-le-Sec. Il y eut même un pasteur local avant la révocation de l’édit de Nantes.

Aspects de la vie locale

Malgré les  difficultés de l'époque,  Montreuil restait prisé par les bourgeois de Paris qui appréciaient les maisons campagnardes et la possession de quelques arpents de terres cultivables ou de vignes.
Les notables parisiens propriétaires de biens fonciers dans le village.

plan du XVII ème siècle

En 1661, le surintendant Nicolas Fouquet, propriétaire d'une maison à Saint-Mandé, fit l'acquistion de seigneurie et du château de Montreuil. Il entendait ainsi augmenter son considérable domaine foncier afin de renforcer sa position dans la lutte souterraine qu'il avait engagé depuis les années1650 contre les ministres  Louvois et Colbert. Mais le roi soutin ses ministre et Nicolas Fouquet fut arrété et emprisonné et perdra la vie  qui perdra sa seigneurie de Montreuil acquise en 1661 et la vie en 1670. Son épouse  résista quelques temps mais la seigneurie de Montreuil revint en définitive  un membe du clan Colbert, en l'occurence René Berthemet. En effet, sous le règne de Louis XIV la féodalité n’était plus de mise et s’était transformée en vassalité  basée sur les revenus financiers et  l’importance des domaines familiaux.


L’aspect traditionnel du village avec ses maisons paysannes, se transformera progressivement en ville avec des maisons à étage et escalier intérieur, souvent avec porte cochère, tandis que les fermes s’agrandiront et que sera aménagé le château seigneurial et ses trois manoirs distincts.



Plan daté de 1642 montrant les maisons à étage du bailli, et de deux notables locaux.



Importance de la vigne et des productions agricoles dans la vie locale

Depuis l’époque médiévale, chaque propriétaire foncier possédaient quelques arpents de vignes cultivés sur les coteaux exposés nord/sud-est/ouest au dessus du village. Ces dispositions favorables aux exploitants et de bons rapports financiers, étaient sources de revenus et furent taxés lourdement au point que dans les années 1650 et afin d’échapper au paiement des dîmes perçues par les Minimes de Vincennes, les vignerons arrachèrent leurs vignes pour les remplacer par la production de fraises, framboisiers et asperges vendues meilleur marché à Paris.

Afin de ne pas tarir cette source importante de revenus, les moines firent plusieurs procès qui se terminèrent en septembre 1667 par une transaction entre les parties, et la production repris normalement, au soulagement des autres producteur.

DBlason de Montreuil (93) avec ses trois pêches’autres part, à partir de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, Bagnolet et Montreuil devinrent un véritable champ d'expérimentation pour la production de fruits de qualité et les jardiniers locaux s'inscrivent dans un courant de recherche sur la meilleure exploitation possible du sol. Ils mirent à profit leur terre riche en calcaire et propice à la culture des pêchers, pour développer la production de fruits de qualité ( cerises, reine-claude, poires, pommes raisins, abricots et pêches) servis à la table royale.

D'azur au chevron d'or surmonté d'une fleur de lys du même et accompagné de trois branches de pêcher d'argent fruitées aussi d'or.Ce blason consacre la renommée des pêches de Montreuil au XVIIIème siècle



Plantés en espalier devant un mur blanc réflecteur de chaleur, produit à bas-prix grâce aux carrières locales exploitant un sous-sol caractérisé par d'importants bancs de gypse, les branches des pêchers étaient fixés aux murs par un morceau de tissu, dit « palissage à la loque ». Ces murs avec rebord du côté de l’arbre le protégeait des intempéries, restituaient la nuit la chaleur emmagasinée dans la journée et étaient protégés du côté extérieur de la propriété par une haie vive afin d’empêcher les vols.
Depuis cette époque, la pêche figure dans les armes parlantes de Montreuil-sous-Bois.

Transport de pêches au XIX ème siècle

La production de pêches à Montreuil



Tableau du peintre Claude Charles Bourgonnier (1860-1921) réalisé en 1865 et intitulé « Montreuil-aux pêches », nom révolutionnaire de la localité à la Révolution.

Il figure dans la salle des mariages de la mairie et représente la récolte et la livraison des pêches produites localement.

Au fond à droite on distingue le donjon du château de Vincennes.

L’artiste inspiré par Montreuil produisit également trois autres tableaux, Les carrières en hiver, Le printemps et l’automne.







Indépendamment de la vigne et des arbres fruities qui formaient les caractéristiques des productions agricoles à Montreuil, les nombreuses terres labourables produisaient en plaine des cultures céréalières diverses et un peu d’élevage qui assurait une production de fromages vendue à Paris. Pour le transport, les paysans utilisaient des charrettes à bras ou tirées par des ânes ou bien encore le service de voituriers hippomobiles. Mais en général, les chevaux étaient la propriété des fermes abbatiales. 

Ce qui reste en l'an 2000 des murs à pêches

Ci-contre un fragment conservé des murs à pêches qui firent jadis la renommée de Bagnolet et de Montreuil.

Fermes et exploitations agricoles

La plupart des fermes et bâtiments d’exploitation appartenaient en majorité aux institutions religieuses, les plus importantes étant le abbayes de Saint-Victor et de Saint-Antoine.

Enfin, au moins trois carrières à plâtre  et plusieurs moulins et fours étaient en exploitation.

Ces éléments de l'activité humaine et les zones d'habitation  sont figurée sur la carte du terroir présenté précédemment.


VII) Population et voies d’accès.

Lorsque entre 1760 et 1773, le roi Louis XV fit lever la carte des chasses des environs de Versailles, Montreuil avec ses 2.500 âmes était l’une des première de la région avec Saint-Denis. Elle a fortement augmenté depuis avec près de 100.000 habitants.

Mais les chemins et voies d’accès desservaient les propriétés et domaines d’alors forment de nos jours les limites des quartiers actuels, comme l’établi la carte ci-dessous dessinée à main-levé vers 1790-1793. Elle localise les chemins et anciens lieux-dits du terroir, dont certains ayant servi à la dénomination des quartiers de la ville actuelle.

On remarquera que par rapport aux cartes plus anciennes, la partie sud formée par la Pissotte qui allait jusqu’aux portes du château de Vincennes a disparu car elle fut disjointe de Montreuil en 1667 pour former une paroisse de plein exercice et devenir la ville de Vincennes dans le département voisin du Val-de-Marne.

VIII ) Evolution du village et de la société

Depuis l’origine, l’église constituait le cœur du village, ce qui correspond approximativement aux limites actuelles de ce quartier, avec la cité Jean Moulin-Condorcet , le Lycée Jean Jaurès et s’étendrait jusqu’aux limites de la Mairie.

Toutes les rues convergeaient vers ce centre et portaient les noms évocateurs du Pré (rue Gallieni), du Milieu (rue Victor-Hugo), du Bout de la Ville (rue François Debergue), Marchande (rue Alexis Pesnon et partie de l'Avenue de la Résistance), la Cave du Four (rue Alexis Lepère), aux Oies puis aux Ours (rue Franklin), Haute Saint Père (rue de Romainville) et enfin de l'Orme qui ne dort (rue Rochebrune).

Le chemin de Rosny (actuelle rue de Rosny) formait l'axe est-ouest et le reste de la ville était traversé en tous sens par des sentiers d'exploitation. Mais la liaison principale avec Paris n’était encore qu’un chemin sinueux qui fut aménagé, aligné et empierré tardivement en 1740 (de nos jours rue de Paris R.N 302) dans le prolongement du faubourg Saint-Antoine qui reliaient l’abbaye de ce nom à ses terres montreuilloises. . L’initiative en revint à Pierre Denis Beausse (1665-1754), syndic de la ville, surnommé Beausse la Brette, qui se heurta au début à l’hostilité des habitants. Mais elle favorisa le commerce local et la livraison des productions vivrières dans la capitale. 

Le plan en couleurs représente les rues actuelles avec en rouge les limites anciennes entre 1650 et 1789

Emplacement du village dans Montreuil de 2010

Plan avec en rouge l'emplacement du village ancien. En bleu le parcours du ru alimentant le château de Vincennes en eau potable.

Les travaux de canalisation du ru de Montreuil avaient été entrepris sur trois kilomètres par le roi Philippe III ( 1270-1285) afin d’alimenter le manoir de Vincennes en eau potable. En 2000, des fouilles entreprises dans le château ont attestées l'existence de plusieurs phases d’aménagement d’un réseau souterrain de distribution par tuyau en terre cuite puis en tuyau de plomb protégé par des dalles en calcaire. L’entretien du réseau sur le terroir de Montreuil était assumé par ses habitants qui à partir de 1361 bénéficiaient d’une ordonnance royale les exemptant d’impôts .



IX )Topographie et divisions territoriales.

Dès l'origine le terroir était divisé en deux zones correspondantes à la topographie environnante. La première, constituée par la fin d’une plaine défrichée dès le X ème siècle formait le Bas-Montreuil vers Paris au sud-ouest, et était couverte de labours, pâtures, friches, vignes et cultures vivrières.

La seconde zone formait le Haut-Montreuil situé sur le plateau en demi-lune situé du nord-est au nord-ouest du terroir. Sa pente marquait la division entre Bas-Montreuil, dont le point le plus bas est situé à 50 mètres d’altitude (rue de Lagny) et le Haut-Montreuil dont le point le plus élevé, à 117 mètres (rue de Nanteuil), aux limites de Rosny à l’est, faisant pendant au plateau des Malassis situé à l’ouest vers Bagnolet.

Cette zone du Haut-Montreuil encore partiellement boisée au XII ème siècle sera défrichée totalement vers 1220-1250, par les Augustins de Saint-Victor, installés dès 1113, puis ceux de Livry et les cisterciennes de Saint-Antoine-des-Champs, les trois grands propriétaires fonciers de la localité.

Ci-dessous carte relevée en 1789 avec les noms des principaux-lieux-dits et chemins qui structurent les quartiers actuels de Montreuil.

quartiers et chemins de 1789

Plan de 1789 avec localisation des toponymes d’époque. La seule partie urbanisée au centre du terroir est soulignée en rouge.


X) Réforme  des justices royales et religieuses au XVII ème siècle.

Symboles de la puissance d’une structure laïque ou religieuse, les droits de haute-justice correspondaient aux mouvances féodales reconnues. A partir de 1602, elles seront réformées ainsi.

1) La prévôté de Montreuil sera compétente en première instance pour la seigneurie et les fiefs et arrière-fiefs directs du roi, ceux du Châtelet et d’Orléans . Ses fourches patibulaires (ou gibet) étaient sises depuis l’origine à l’angle des rues des Bons-Hommes et des Quatre ruelles, à l’extrémité sud de la seigneurie, vers Fontenay.

2) La prévôté de la dame de Villemomble était compétente pour la baronnie et fiefs en relevant dont à Montreuil ceux de Villemomble et d’Arcy. Ses appels relevaient du baillage de Villemomble  qui à partir de 1775 sera regroupée sous l’appellation de baillage de Fontenay-sous-Bois avec les baillages de Saint-Victor et de Saint-Lazare, la justice de Saint-Martin et enfin la seigneurie du Val des Pressoirs à Fontenay appartenant à l’église Saint-Honoré .

3) la plupart des seigneuries religieuses de Montreuil seront regroupées dans le baillage de l’abbaye de Saint-Victor  et comprenaient les prévôtés de Montreau  du fief Decanal du Chapitre-Notre-Dame , la justice du Petit-Saint-Antoine et enfin le baillage de Saint-Lazare 

4) le baillage de Livry compétent pour Tillemont relèvera du Duc d’Orléans  à partir de 1771.

Puis vint la Révolution de 1789, la saisie puis la vente des biens du clergé et de la noblesse, mais cela est une autre histoire.!!!

XI ) L’église Saint-Pierre Saint-Paul et la mairie de Montreuil symboles de la continuité historique du village devenu ville.

Saint-Pierre-Saint-Paul en 2012

Mairie de montreuil en 2000

L'église Saint-Pierre Saint-Paul en l'an 2000

La mairie de Montreuil à la même époque

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